Critiquer ou compatir ?

B.K. Usha

Une jeune personne employée dans une institution se voit confier une tâche lors d’un événement important. Elle fait le travail comme demandé, mais, après l’événement, certains objets de valeur dont elle avait la charge ont disparu. Cette disparition suscite une confusion et une inquiétude considérables parmi toutes les personnes concernées. Le supérieur hiérarchique manifeste sa désapprobation en s’adressant d’un ton sec à la jeune employée désemparée. Il la réprimande pour sa négligence. La situation est réglée lorsque les objets égarés sont retrouvés. Mais le mal est fait…

fougère au milieu de rochers

Cet incident s’est déroulé il y a 30 ans, mais la fissure qui s’est creusée dans la relation entre le supérieur et la subalterne, du fait des paroles dures prononcées, subsiste encore aujourd’hui…

Comparons cela à une autre histoire d’erreur, une erreur plus grave, commise par un bénévole nouvellement arrivé au siège d’une ONG. Il est affecté à la cuisine de l’organisation, où des repas sont préparés pour des centaines de personnes. Le jeune homme se présente à la cuisine tôt le matin, avant les autres, impatient de commencer son travail. L’endroit est impeccable, mais il remarque un immense récipient contenant un liquide qui parait visqueux. Pensant qu’il s’agissait d’un reste de la veille, il décide de jeter son contenu pour nettoyer le récipient. Lorsque les autres employés de cuisine arrivent, ils voient le récipient vide et lui demandent ce qu’il en est. Le jeune home leur dit tout content qu’il l’a lavé. Il est sous le choc lorsqu’il comprend qu’il a jeté du sirop de sucre préparé à l’avance pour un dessert.

À cette époque, le sucre est une denrée précieuse en Inde, difficile à trouver en grandes quantités. Le volontaire, mortifié, réalise son erreur. Ses collègues lui ont disent de se préparer à en subir les conséquences. « Tu peux faire tes valises pour rentrer chez toi », lui dit l’un d’eux.

Quelques heures plus tard, il reçoit le message que la responsable de l’organisation veut le voir. Nerveux et contrit, il va la voir. Une vieille dame bienveillante l’accueille, le regarde et lui demande gentiment : « Avez-vous pris votre petit-déjeuner ? » Il acquiesce. Elle lui demande alors : « Voulez-vous une douceur ? » Elle lui donne une douceur et le laisse partir. Pas un mot n’est prononcé sur ce qu’il a fait le matin même. La gentillesse, l’amour et le pardon de la vieille dame font fondre le cœur du jeune homme. Il a l’impression d’avoir rencontré un ange. Il décide de faire son maximum pour l’organisation.

De nombreuses années ont passé depuis, mais le bénévole travaille toujours pour l’ONG, où il est désormais un collaborateur expérimenté bénéficiant de la confiance de tous.

Ces deux exemples illustrent deux façons radicalement différentes de gérer une situation fâcheuse et ses conséquences.

Il est si facile de critiquer, de blâmer et de se fâcher lorsque quelque chose ne va pas. On pense que c’est humain de réagir de cette manière. Mais, comme le montre le deuxième exemple, il est également possible de faire preuve d’empathie et de bienveillance.

Le but ultime de l’effort spirituel est de combler le fossé entre l’être humain et l’ange. Il s’agit de cultiver la paix intérieure, la compassion et de considérer les situations dans une perspective si élevée que rien ne paraisse trop grand ni perturbant. Lorsque notre conscience atteint ce niveau supérieur, nous devenons naturellement une source d’inspiration pour ceux qui nous entourent.


A propos de B.K. Usha


B.K. Usha est enseignante de Raja Yoga au siège des Brahma Kumaris à Abu Road, dans le Rajasthan.

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